La Francophonie, selon le Prince Jean de Broglie

Le Prince Jean de Broglie a été le défenseur ardent de la Francophonie. Ses fonctions ministérielles l »ont amené a rencontrer  de nombreux chefs d »Etat et personnalités attachés à cette notion qui émergeait. Il a eut l »occasion de prononcer de nombreux discours à ce sujet. Voici quelques extraits d »une communication à l »Académie diplomatique Internationale. 

La notion de Francophonie est, à l »heure actuelle, et dans tous les sens du terme, une « idée générale ».
Elle l »est, parce qu »il s »agit d »une donnée dont nul n »a encore vraiment précisé le visage, ni les contours.
Elle l »est parce qu »il s »agit d »une appellation qui peut masquer le meilleur et le pire.
Elle l »est enfin parce qu »elle met en avant nos ressemblances générales tout en laissant dans l »ombre nos différences particulières.
Son attrait est-il seulement révélateur d »une vague nostalgie? Révèle-t-il seulement la crainte de l »isolement, ou la difficulté pour certains Etats de surmonter seuls certains problèmes? Exprime-t-il, au contraire, une espérance humaine? Nul au fond n »en sait encore rien.

Le Prince Jean de Broglie, avec Louis Joxe et Michel Debré

Le Prince Jean de Broglie, casino avec Louis Joxe et Michel Debré

Mais qui ne perçoit d »une façon générale, le contenu philosophique, moral et politique que pourrait développer le concept de la Francophonie!
Justement, en raison même de cette ampleur, qui ne se sent saisi également devant cette « Terra Incognita », d »un grand sentiment de prudence? Et qui n »est soucieux, enfin, d »éviter le faux pas, le geste involontaire, dont l »interprétation tendancieuse risquerait de nuire à l »éclosion d »un objectif, voire d »un idéal, dont chacun sent, tout à la fois, la fragilité présente, l »avenir possible, et les dimensions bienfaisantes.


Il y a, dans la notion de Francophonie, un aspect essentiel de recherche d »une langue et d »une culture, et un choix fait, à deux siècles d »intervalle, par des esprits étrangers -hier à l »Académie de Berlin, aujourd »hui des Etats notamment Africains- d »un moyen d »expression et d »un système de pensée qui est le nôtre.

Malraux a écrit : »L »honneur d »un pays est fait de ce qu »il donne au monde ».  Quel plus beau don une nation peut-elle offrir, que d »apporter une langue à un monde en transformation? Mais quelle responsabilité commune pèse sur les épaules de tous les héritiers qui ont à maintenir et à faire fructifier une civilisation et une culture.

Extraits de la communication à l »Académie diplomatique Internationale prononcée par Monsieur le Prince Jean de Broglie, secrétaire d »Etat aux Affaires Etrangères, le 8 novembre 1966.