François-Marie de Broglie, premier Duc et second Maréchal

François Marie (1671 – 1745), est le premier Duc et second maréchal. Il est le frère cadet de Victor-Maurice, Comte de Broglie
Sa vie est un palmarès presque sans interruption, ce qui le fait pressentir, par La Varende, comme le plus brillant des Broglie guerriers. « Il demeure un exemple des plus hautes valeurs personnelles, servies par la chance. Il voit, il juge, il attaque et il vainc. Cet irrésistible cavalier sera, parmi les siens, le plus entouré, le plus aimé ». La Varende continue : « Toute sa vue est consacrée aux armes actives ; il commence à 15 ans, et sert dans la Compagnie des gentilshommes cadets de Besançon ; à 16 ans, il est nommé Cornette aux Royal-Cravates , à 19 ans, capitaine de cavalerie au régiment de Saint Valéry ; à 23 ans, Mestre de Camp du régiment de cavalerie du Roi ; à 31 ans, brigadier ; à 33 ans, Maréchal de Camp des Armées ; à 34 ans, Inspecteur Général de la Cavalerie ; à 39 ans, Lieutenant Général. En 1718, Directeur Général de la Cavalerie ». Ces nominations rapides récompensaient des victoires et des faits d’arme hautement héroïques auxquels il prend part personnellement, à cheval, sabre au clair, ou à pied très proche de ses hommes.

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Fait plus important dans sa vie, son mariage avec Thérèse Gilette Locquet de Grandville et l’acquisition du domaine de Ferrières, avec le château de Chambrais, opérations liées puisque la dot que lui donnait son alliance avec cette famille négociante de Saint Malo permit la prise de possession de la terre de Chambrais, qui devint par la suite une terre ducale et reste aujourd’hui le fief familial sous le nom de Broglie.

Fin politique également, il est nommé ambassadeur à Londres en janvier 1724 et participe activement à la conclusion du traité d’Hanovre en 1725.

La guerre d’Italie contre les Impériaux lui donne l’occasion de reprendre les armes, avec ses trois fils, et de signer encore et plus des preuves de son génie. Génie que lui reconnaît Louis XV en l’élevant à la plus haute dignité, celle de Maréchal de France en juin 1734.

En 1739, le Roi lui confie le gouvernement de l’Alsace, un des postes les plus importants du Royaume, d’ailleurs « réservé aux Broglie ».

Mais, c’est sur la dernière partie de sa vie que le nouveau Maréchal connaît ses plus grandes heures de gloire. La campagne de Bohême, en 1741, au cours de laquelle Louis XV lui confère le commandement réel des armées royales, au détriment du déclinant Maréchal de Belle-Isle, le voit vaincre, avec une armée de seulement 12.000 hommes, les 40.000 de son adversaire, le Grand Duc en le contraignant à la retraite. Au printemps suivant, il combat son ancien adversaire, le Prince Loblowitz qu’il détrousse à Sahy. A cette occasion , son fils aîné, notre troisième Maréchal, quatrième pour La Varende, est blessé au bras : malgré cette blessure, son père lui demande d’écrire jusqu’à minuit et d’être présent à 5 heures dans sa chambre pour prendre les ordres. Le même, Victor François, écrit à sa mère : « j’espère que mon père est satisfait de notre (ses deux frères sont avec lui) conduite, nous faisons de notre mieux pour lui plaire, et à moins d’être à l’attache, l’on ne peut être plus assidus, étant dans sa chambre depuis 7 heures du matin jusqu’à 7 heures du soir. Quelquefois, le travail se prolonge davantage… ».

Le mois de juin 1742 consacre définitivement la valeur de la famille : « Le Roi, pour reconnaître tant de grands, importants et honorables services, que sa Majesté et les Rois, ses prédécesseurs, avaient reçu de la Maison des Broglie, et singulièrement de ce Maréchal, et répandre sur sa postérité un accroissement d’honneur, crut ne pouvoir faire d’une manière plus glorieuse, qu’en lui conférant pour lui et l’aîné des mâles, nés et à naître de lui, en légitime mariage, le titre, qualité et honneur de Ducs héréditaires, et en arrachant ce titre à une terre de son nom, qui le portât à perpétuité ; ce qu’il fit par ses lettres du mois de juin 1742, enregistrées au Parlement et à la Chambre des Comptes de Paris, les 20 août et 16 novembre suivant, et aux Parlement et Chambre des Comptes de Normandie,

le 1er février 1744 et 25 mai 1745. Par ses lettres, Sa Majesté a érigé en Duché, sous la dénomination de Broglie, la terre, Seigneurie et baronnie de Ferrière, avec toutes ses circonstances et dépendances, le tout relevant de Sa Majesté, à cause du Duché de Normandie, et aujourd’hui, à cause de la Tour du Louvre… ».

Ses derniers combats, en Bohême et en Bavière, s’ils n’ont pas été victorieux, en raison de l’incertitude qui régnait à la Cour qui tardait à trancher, furent héroïques et intelligentissimes : une retraite savamment orchestrée permit de sauver l’essentiel et alimente, à l’instar de celle de Turenne, encore aujourd’hui, les livres de tactique militaire.

L’Empereur, amer de ne pas avoir complètement vaincu l’armée royale, s’en plaignit au Roi, qui, pour ne pas déplaire à son vainqueur, démonta le Maréchal de son commandement d’armée et l’exila en Normandie.

Cet exil, humiliant, ne retira rien à la popularité de François Marie auprès de ses soldats qui chantaient :

« J’aimons de Broglie de tout notre cœur. / Car c’est drôle, Morgué ! Qui n’a jamais peur / La peste, le canon, bombes et coups de fusils, / Ce sont des bagatelles pour lui et pour ses fils.

François Marie décède peu après, en 1745, épuisé par tant d’activité guerrière et d’ingratitude royale, d’une pneumonie et laisse 7 enfants, 5 garçons et 2 filles.

Peu représenté, sinon à la fin de sa vie, Hyacinthe Rigaud dresse notamment un portrait fastueux de cet « Hercule septuagénaire ».

Deux descendants de ce grand homme vont nous intéresser particulièrement. Victor François (1718 – 1804), Maréchal (3ème) et Duc de Broglie (2ème), et Charles (1719 – 1781), Comte de Broglie et Marquis de Ruffec.