Charles-Victor Albert de Broglie

albert-de-broglieFils de Victor, 3ème Duc de Broglie (voir l’article). Elève brillant, il aspire à faire carrière dans le sillage de son père qu’il admirait et respectait beaucoup, même si de temps en temps il lançait ironique : « Mon père va si haut qu’il arrive à manquer d’air… ». Brillant orateur, malgré une voix désagréable, esprit brillant mais quelquefois trop caustique, se perdant dans les bons mots, Albert, contrairement à son père, sait d’où il vient et sa noble extraction, en le grisant, lui confère une certaine supériorité que certains reprochaient pour être de la morgue.

Il se destine très vite à la politique. Il choisit d’abord la diplomatie : il est nommé deuxième secrétaire d’ambassade à Madrid où il reste peu, ne supportant pas la susceptibilité de l’ambassadeur ; il accompagne ensuite son père à Londres.

On lui fait rencontrer Mademoiselle de Galard, ravissante jeune fille et douée d’un talent artistique indéniable (elle peignait), qu’il épouse le 19 juin 1845. Cette union lui procura quinze années (elle mourut le 28 novembre 1860) d’une félicité grandissante (le mariage était arrangé et il fallut que les deux époux se trouvassent) qui le mènent à la passion et qui lui fait écrire : Le jour qui m’enleva cet ange, qui était la lumière de ma vie, en a fini pour moi avec tout ce qui peut porter, en ce monde, le nom de bonheur ». Le jeune ménage convola en Italie et Albert de Broglie, émerveillé par ce pays, demanda une place à l’ambassade de Rome.

La Princesse de Broglie a été peinte par Ingres ; ce tableau est un des plus beaux qu’a peint l’artiste.

La révolution de 1848 éclate et met fin au règne de Louis Philippe ; elle met fin à la carrière diplomatique d’Albert : les troubles qui s’en suivirent renforcèrent la haine de Victor pour la démagogie et le désordre, ce qui le différenciait de son père qui voyait dans toute agitation une opportunité de voir de bonnes choses sortir.

Il se retire alors à Broglie pour écrire de la littérature et de l’histoire.

Sa carrière littéraire, très prolixe, est couronnée par son élection à l’Académie française le 20 février 1862, en remplacement du père Lacordaire.

Sous l’Empire, il ne se désintéresse néanmoins pas de la politique puisqu’il s’affirme par la plume, défendant le courant monarchiste et catholique, empreint d’idées néo-libérales.

Son père meurt en 1870 ; il est alors le quatrième duc de Broglie. Après la chute de l’Empire, il est nommé conseiller général puis élu député de l’Eure en février 1871 sur la liste conservatrice. Il est d’ailleurs bien élu, sauf dans son canton, ce qui fait dire à la Varende : Dans les temps de troubles civils, être connu, c’est avoir des ennemis ».

C’est alors que commence sa grande période politique. A peine la République avait-elle été proclamée qu’il y eut un mouvement réactionnaire exactement comme en 1848. Cette réaction ne pouvant s’appuyer sur les Bonapartes, qui portaient le poids de la défaite, elle fut le théâtre d’un combat parlementaire des droites, qui se cherchaient un chef, et d’une rivalité entre Thiers et Albert de Broglie, qui tourna autour de la Maison de Bourbon et de la mise en royauté du Comte de Chambord. Mais pour une sotte histoire de couleur de drapeau, la monarchie ne fut pas rétablie et Albert de Broglie, exaspéré par les atermoiements de Chambord, fabriqua Mac Mahon en faisant « tomber » Thiers.

Ses différentes fonctions sous le magistère de Mac Mahon furent les suivantes : du 23 mai au 24 novembre 1873, Vice président du Conseil et ministre des affaires étrangères, du 26 novembre 1873 au 28 mai 1874, Président du Conseil et ministre de l’intérieur, du 17 mai au 23 novembre 1877, Président du Conseil et ministre de la justice. A la suite d’une dissolution de l’Assemblée qu’il demande, la droite se renforce sans obtenir la majorité. Le Duc doit démissionner, et, aux élections qui suivent, perd son mandat au Sénat, n’est pas élu à la Chambre. En 1885, il se retire définitivement de la vie publique et Pontmartin salue son départ à sa manière : « Ecrivez l’histoire, mais ne vous mêlez plus de la faire… ».

Retraité de la politique, le Duc sait occuper son temps, partagé entre la Normandie et Paris, rue de Solférino. Il écrit l’histoire(Le secret du Roi, Frédéric II et Marie Thérèse, Histoire et Diplomatie, Maurice de Saxe et le Marquis d’Argenson, la Paix d’Aix-la-Chapelle, l’Alliance autrichienne, les mémoires de Talleyrand, etc.), gère des affaires importantes (Saint Gobain, dont il fut Président jusqu’à sa mort, et à laquelle il donna une extension nouvelle en y ajoutant au verre les produits chimiques et les engrais), et préside une multitude de sociétés savantes.

En 1895, il est élu membre de l’Académie des Sciences morales et politiques comme successeur de Victor Duruy.

Il meurt le 19 janvier 1901.