Charles, Louis, Victor de Broglie

charles-louis-victor-de-broglieDes 14 enfants que le Maréchal de Broglie a eus avec Louise Crozat de Thiers, nous retiendrons Victor (1756 – 1794), qui épouse Sophie de Rosen, tête de file de la branche aînée et Auguste (1762 – 1795), qui épouse Françoise Verteillac, tête de file de la branche cadette (Ce dernier sera raconté dans la notice de la branche cadette).
Charles, Louis, Victor de Broglie est né à Paris le 22 septembre 1756 et meurt, guillotiné le 27 juin 1794.
Il est bien difficile d »être le fils d »une telle personnalité, si forte et si auréolée de gloire, même si, à la fin de sa vie, ce dernier a été plus discret. Victor, alors, supportait mal l »autorité paternelle et il s »en affranchira d »abord en s »évadant par le mariage, ensuite par les prises de position qu »il prit en se heurtant à son père au point que ce dernier écrivit publiquement : « Vous ne serez jamais plus, pour moi, mon fils. J »ai besoin d »un peu de gloire pour me faire pardonner votre existence » (voir plus loin).
Son mariage avec Sophie de Rosen est brillant car la jeune fille est très noble, très belle et très riche. Mais les deux familles sont très dissemblables : les Broglie sont austères et conservateurs ; les Rosen, qui comptaient aussi leur maréchal, Sophie est son arrière petite fille, et descendaient de Saint Louis, sont au contraire, anti conformistes, bon vivants, tout le contraire des Broglie.
Cette alliance contribue, donc, à n »en point douter, à faciliter l »orientation politique du jeune Broglie qui choisit ouvertement le clan Rosen.
La séparation entre le père et le fils vient d »abord de l »Amérique qui accueille le jeune Prince en 1782. Là, il arrive alors que l »indépendance est acquise ; ce qui ne l »empêche pas de fréquenter le général Washington avec lequel il « toste » d »abord pour les nouveaux Etats Unis, ensuite pour le roi et la reine de France, enfin pour les amis, le marquis de La Fayette, notamment. Son journal, qu »il rédige avec soin, étudie non seulement les causes de la guerre mais aussi ses conséquences, avec un mémoire très exact et complet des Etats Confédérés ; ce travail consciencieux suscite, d »ailleurs, de la part de son fils, le futur ministre de Louis Philippe, de la surprise d »abord et de l »admiration ensuite. La personnalité originale du Prince de Broglie mélangeait fantaisie et travail, sérieux et facilité, ce qui en faisait un être charmant et de grande qualité, ce que n »a pas manqué de remarquer et d »apprécier La Varende.
A son retour en France, Victor quitte l »armée et embrasse la politique en se faisant élire à l »Assemblée Constituante. Il s »y distingue par une « noble harangue » et par le courage avec lequel il défend, avec succès, son père, qui s »exile, contre les critiques et les menaces de déshonneur. Il ne parvient cependant pas à infléchir les sentiments de son père à son encontre et l »échange Memes jeux accomplis durant ces casinos sont des jeux de machine a sous de jeux, nombre aleatoire, le poker, le blackjack et bien plus encore. de correspondances qui suite montre à quel point les relations entre le père et le fils sont tendues :
Lettre de Victor de Broglie à Monsieur son Père.
« Sans jeter mes regards sur le passé, permettez-moi de vous entretenir de l »état présent des choses, et d »appeler votre attention vers l »avenir. Je ne discuterais pas des motifs qui vous ont fait sortir de France, les raisons qui ont séparé ma cause de celle d »un Père, que l »amour filial et mon profond respect paraissaient me faire un devoir de suivre constamment, mais je vous prierai de réfléchir sur le pouvoir des circonstances, sur les événements qui se multiplient, qui se pressent et qui vont éclore. J »ai cru qu »il fallait une constitution et, croyez-moi, Monsieur le Maréchal, la révolution est faite irrévocablement. Si les ennemis triomphaient, ils auraient à s »entourer de trop de ruines, trop de sang recouvriraient leurs armes et les tombes de tant de victimes se refermeraient enfin sur les vainqueurs, et tout annonce que le Roi sanctionnera.
« Ne consumez donc plus, ô mon Père, l »hiver d »une vie glorieuse sur une terre étrangère, revenez dans votre patrie, rendez-moi, mon Père, ma famille, je vous rendrais un fils qui ne veut pas se repentir mais qui veut et doit vous aimer. Vous verrez que la nation a été calomniée, qu »elle est encore digne de posséder vos vertus et vos talents ; elle oubliera une passagère résistance à sa résignation et vous paiera sans effort le tribut qu »elle doit aux longs et solides états de votre vie. »

Le Maréchal répond sévèrement à son fils :

« J »ai balancé, Monsieur, à vous répondre ; le silence d »un mépris dont j »ai la conscience chargée et qui ne peut pas échapper à la vôtre, vous en est assez ; mais je veux bien vous laisser lire plus librement mon cœur ; votre lettre est ce qu »elle doit être. Je ne résumerai aucun des principes que vous y consacrez. Lorsqu »il est question de vous, j »éloigne le passé de ma mémoire ; vos prédictions ne sont pas pour moi l »avenir, et de quelque voile qu »il soit enveloppé, vous ne serez jamais pour moi le frère de mes enfants, vous ne serez jamais mon fils ; vous voulez me toucher au nom de ma gloire ; vous devez en être un mauvais juge, et j »ai besoin d »un peu d »éclat pour me faire pardonner votre existence ».

Entre temps, Victor participe aux travaux parlementaires et soutient des motions favorables à  la cause populaire. Après la dissolution de l »Assemblée Constituante, le Prince reprend du service comme maréchal de camp et officie sous les ordres de Biron. Le Maréchal de Gouvion Saint Cyr, dans ses mémoires, écrit : « Le Général Biron fut parfaitement secondé par son chef d »état major, Victor de Broglie, officier d »un grand mérite, dont l »armée ne devait pas tarder à regretter la perte ».

Au 10 août 1792, Victor refuse de reconnaître la déchéance du Roi Louis XVI et les ennuis commencèrent. Démissionné, arrêté et libéré à plusieurs reprises, il est emprisonné une dernière fois, en pleine terreur, puis guillotiné le 27 juin 1794. On peut croire que Victor, privé de toute réelle espérance et profondément dégrisé, écœuré même, préféra la mort, dans cette sorte de fatalisme qui convenait à sa nature primesautière. D »ailleurs, au pied de l »échafaud, il fait transmettre à son fils le vœu exprès qu »il restât fidèle à la Révolution française, même ingrate et injuste ».

La Varende écrit : « Il mena une vie houleuse, légère, mais ardente. Plus de cœur que de tête ; de l »intelligence et très vive, mais une fantaisie frondeuse, de la témérité et du chimérique.

Il eut 4 enfants, 3 filles et un fils, Achille Léonce Victor, 3ème Duc de Broglie (1785-1870)